
Organisation : Jeunes Démocrates et notamment le pôle Formation et enseignement supérieur en étroite collaboration avec le bureau fédéral des JDEM du Val d’Oise.
Acteurs présents :
- Syndicats lycéens et étudiants
- Spécialistes de l’orientation
- Enseignants
- Politiques
- Associatifs
- Parents d’élèves
- Militants MODEM
- Militants JDEM
Trois thématiques abordées :
- Etat des lieux de l’orientation en collège et lycée
- Orientation et réorientation en enseignement supérieur
- Orientation : enjeu de société ?
Objectifs de la Convention :
dresser un état des lieux de l’orientation en France, dans le secondaire comme dans le supérieur, et mener une réflexion sur des pistes de solutions.
Enjeux :
les Jeunes Démocrates estiment que cette thématique est de nature à structurer la société de demain, dans la mesure où de l’orientation dépend toute une série de choix (langues, établissement, filières, types de diplômes…) qui déterminent in fine l’employabilité, le niveau de revenus, le lieu de résidence etc… il en va donc de notre aspiration à construire une société du « vivre ensemble » dans laquelle chacun puisse équitablement trouver sa place. En cela la question de l’orientation revêt un enjeu majeur.
Les constats / analyses :
Les données objectives de l’orientation :
- 4200 COP en France
- 1 COP pour 1500 élèves environ
- 5 départs en retraite sur 6 non remplacés dans le cadre de la RGPP
- 600 CIO en France
- 150 000 jeunes sortent chaque année du système scolaire sans aucune formation
- Après la 3ème, 65% des jeunes vont en seconde générale ou technologique, 25% en seconde pro. 10% recherchent une formation professionnelle ou s’insèrent dans le marché du travail
- 50% d’échec en moyenne en université au niveau de la licence ; ce taux atteint les 75% dans certaines filières, notamment littéraires ou en sciences humaines.

Les analyses des acteurs
Les lycéens qui sont censés être les premiers bénéficiaires du système français d’orientation dénoncent les nombreuses difficultés dans leurs relations avec les Conseillères d’orientation – psychologues (COP).
- Les représentants de l’AEVL, de la FIDL et de l’UNL évoquent unanimement la frilosité et la timidité naturelles des lycéens quant à l’idée de rencontrer une COP.
- Souvent, ils ne savent même pas où aller et selon quelles procédures. Il y aurait selon eux un manque d’informations pour le lycéen lambda.
- Lorsque le contact est établi, beaucoup de lycéens disent ne pas forcément trouver de réponses concrètes à leurs préoccupations, faute de conseils suffisamment avisés et pertinents.
- Ils évoquent aussi le sentiment de ne pas pouvoir être suivi individuellement, les COP manquant manifestement de temps car en charge de plusieurs établissements.
Parmi les nombreux parents d’élèves présents dans la salle, certains ont mis en avant le fait que l’orientation était une affaire qui doit impliquer plusieurs acteurs autres que les COP.
- Les élèves eux-mêmes qui seraient, selon certains, moins impliqués que par le passé.
- Les enseignants qui, selon les dires de beaucoup de parents, ne s’impliquent pas assez dans cette question alors qu’ils sont des interlocuteurs privilégiés des lycéens et qu’ils sont bien initiés à ces questions d’orientation.
- Les professeurs présents ont rétorqué que les programmes étaient tellement denses qu’ils n’ont pas en plus, le temps de dispenser des cours ou des conseils sur l’orientation. Ou alors il faudrait supprimer des heures dans certaines matières, ce qui serait fâcheux.
Quelque peu mis en cause, la responsable de CIO présente lors des débats s’est employée à expliquer les raisons de toutes ces difficultés :
- D’une part une COP a en moyenne 1500 élèves à s’occuper potentiellement et ce sur plusieurs établissements. Elle ne peut donc matériellement accorder à chaque élève qu’un temps limité.
- D’autre part, ce chiffre est en voie de se dégrader en raison des RGPP qui prévoient des non remplacements de personnes partant en retraite.
- Elle plaide pour la mise en place d’un vrai service public de l’orientation dans lequel l’humain serait au cœur du système.
Les représentants étudiants ont mis particulièrement l’accent sur le manque d’informations à disposition des jeunes notamment en première année qui en seraient pénalisés.
- C’est d’abord le cas en ce qui concerne l’environnement général des universités (capacités de logements, bassins d’emplois, possibilités de formation…)
- Ça l’est aussi au sujet des filières enseignées dans une ville universitaire ; certaines organisations étudiantes telles que la CE (Confédération étudiante) militent clairement pour que soient mises à la disposition des étudiants des données statistiques telles que les taux de réussite de chaque filière en Licence et en master, les choix d’orientation opérés par les étudiants ayant validé leurs diplômes, leurs choix de spécialisation, les taux d’employabilité en fin de cursus etc…
- L’ensemble des organisations étudiantes a dénoncé les classements établis récemment sur les « meilleurs universités », un classement initié par le Ministère de l’Enseignement supérieur et qui, selon la FAGE (Fédération des Associations Etudiantes Généralistes) ne prend en compte que des éléments quantitatifs. La vice-présidente de cette organisation en charge de l’enseignement supérieur estime que l’attractivité d’une université doit prendre en compte des éléments plus qualitatifs tels que les possibilités de logements, l’offre culturelle, les installations sportives et surtout le bassin d’emploi proprement local.
- Sur la question de la réorientation, les représentants étudiants saluent le fait que ça marche assez bien dans les filières de même domaine (sciences juridiques, sciences humaines, sciences exactes etc…). une question cependant : pourquoi ne pas permettre à un étudiant la possibilité de se réorienter en cours d’année sans pour autant perdre le bénéfice de son premier semestre. François BAYROU avait initié cette idée en 1997. Qu’en a-t-il été ? il en ressort que s’il est vrai que la mesure était peut-être difficile à mettre en place, il n’est pas moins vrai qu’elle s’est heurtée à des personnels réfractaires au changement et n’a jamais vraiment été appliquée.
Lycéens, étudiants et personnels d’orientation se sont rejoints sur un point : la nécessité de favoriser plus que cela ne se fait aujourd’hui les échanges entre jeunes et professionnels. Afin de mieux éclairer les jeunes sur les choix de filières et de métiers.
Enfin, les quelques personnalités politiques ou de la société civile invitées ont mis en lumière les liens très étroits qui existaient entre les questions d’orientation et les problématiques sociétales.
- Fadila MEHAL a notamment fait le lien avec les questions d’égalité des chances dont elle s’occupe au sein du shadow cabinet du MODEM, pour constater que les enfants qui réussissent sont ceux dans le foyer desquels les questions liées à l’école occupent une place prépondérante, quelque soit les origines sociales des individus.
- Alain DOLIUM a abondé dans le même sens en mettant en exergue la nécessité de permettre à chacun d’avoir accès à la connaissance pour faire les bons choix. Se basant sur son expérience personnelle (il a découvert sur le tard qu’avec son parcours il pouvait faire une grande école de commerce, HEC Montréal), il a réitéré son idée défendue pendant la campagne des régionales, celle d’offrir à chaque francilien un passeport découverte pour se renseigner sur les possibilités d’emplois de sa région et les études qui en découlaient.
- Eric RAYMOND a au travers de son expérience d’enseignant dressé un constat pour le moins alarmiste sur le niveau d’expression et de connaissances d’étudiants en LEA par exemple, laissant entrevoir l’idée qu’il y avait certainement des choses à revoir dans la manière dont on intègre nos jeunes étudiants en première année. C’est là déjà certainement un problème d’orientation.
Les propositions :
Les conseillers d’orientation-psychologues :
Il faut à la fois revoir leur recrutement et leur formation :
- Il faut ouvrir à tous le concours et non plus le réserver aux seuls étudiants en psychologie. Si la dimension psychologique est importante dans ce métier, la connaissance technique et la compétence dans le domaine ne sauraient être les seuls apanages des étudiants en psycho.
- La formation post-concours pourrait s’articuler en 3 axes : une formation de psychologue spécifique au milieu éducatif, l’acquisition exhaustive de la connaissance du système éducatif et d’enseignement supérieur français, des stages en entreprise plus réguliers pour mieux s’imprégner de la réalité de l’entreprise.
Il faut aussi cela dit, mettre fin à la diminution de facto des postes de COP. Il faut repenser leur recrutement, leur formation certes, mais maintenir leur nombre à l’échelle nationale.
Changer le système
Dans le Secondaire
Tout d’abord, il faut supprimer le principe du stage de 2 semaines fait en classe de 3e au Collège. Ce stage est un révélateur significatif que pour un très petit nombre d’élèves.
Ensuite, laisser l’initiative de la recherche à l’élève, comme le prévoit le web-classeur constitue une grossière erreur car très peu d’élèves ont conscience de l’importance de l’orientation sur leur avenir.
Ce système pourrait être organisé de la façon suivante :
- dès la 4e, les conseillers d’orientation viendraient dans la classe pour parler d’orientation. Ils distribueraient des fiches individuelles dans lesquelles l’élève donnerait le ou les métiers qu’il voudrait faire ou tout du moins, le type d’études qu’il envisagerait pour plus tard en fonction de ses affinités (littéraires, commerciales, scientifiques etc…). Ces fiches seraient ensuite récupérées et transmises par le professeur principal qui les donne au COP. Pour les élèves souhaitant une voie professionnelle, le système doit être mis en place ; pour les autres, le système peut être étalé en 3e. Pour les élèves qui veulent faire des études supérieures ce modèle peut être appliqué ou reproduit à partir de la Seconde s’ils préfèrent.
- le conseiller peut recevoir l’élève lors d’entretiens personnels qui se dérouleraient à la place de cours si l’élève hésite entre plusieurs orientations.
- une fois les fiches consultées, le conseiller organise une entrevue entre l’élève et un professionnel qui pourra informer l’élève sur le réel contenu de la profession. Cette entrevue peut se faire à la place de cours.
Pour mettre en place ce système, il faut que les conseillers d’orientation se constituent un carnet d’adresse. Chaque conseiller étant rattaché à un CIO, on peut envisager la création d’un fichier commun mis à disposition dans les CIO ; pourquoi pas un fichier départemental.
En ce qui concerne les stages, ils seraient laissés à l’appréciation de chacun et pourraient très bien être réalisés soit pendant les vacances scolaires, soit durant l’été. L’UNL défend cependant l’idée de rendre obligatoires pour tous les lycées les stages en entreprise et les séances avec des COP.
Autre point fondamental, favoriser davantage les rencontres entre élèves et professionnels mais en inversant l’ordre actuel des choses : ce serait les professionnels qui iraient vers les classes de lycées et pas forcément l’inverse comme ça se fait très souvent.
Dans l’Enseignement supérieur
Il faut tout d’abord favoriser autant que faire se peut l’accès à l’information pour les jeunes étudiants sortis du Baccalauréat. L’idée de mettre à disposition des étudiants des informations statistiques sur les filières, mais aussi qualitatives sur l’université est une idée qui doit être creusée.
Ensuite, il faut favoriser aussi souvent que possible la réorientation sans perte du bénéfice d’une année. Pourquoi ne pas ré-explorer la proposition du Ministre BAYROU en 1997 de permettre une réorientation dans le cadre de la fin du premier semestre. Ce système existe avec succès au Canada et est, semble t-il expérimenté par l’Université de Metz-Nancy.
Par ailleurs, la multiplicité des formations pour un même métier ne bénéficie pas aux étudiants. Non seulement ils ne savent plus où aller, les conseillers ne savent pas quelle est la bonne formation, mais surtout cette trop grande diversité crée souvent une concurrence entre les diplômes, par exemple entre les BTS carrières juridiques, et les licences en droit. Ou encore entre les BTS MUC, les DUT Tech de commercialisation et les licences professionnelles vente par exemple, de sorte que les recruteurs ne s’y retrouvent parfois plus.
Enfin, on pourrait profiter de la mise en place de la Licence sur 3 ans pour instaurer en fin de 2e ou pendant la 3e année un module de « Formation professionnelle » comprenant des ateliers tels que : - Comment rédiger un CV, - comment rédiger une lettre de motivation, - Formation aux entretiens, - Intervention de professionnels pour présenter les métiers. On pourrait envisager des chargés de recrutement pour dispenser certaines parties de cours. Les filières universitaires se mettraient ainsi au diapason des formations plus sélectives comme les IUT, les BTS ou les ESC qui pratiquent déjà ce genre d’ateliers professionnels.
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