La précarité menstruelle demeure un enjeu majeur de santé publique, touchant des millions de personnes en France et à travers le monde. Elle impacte l’éducation, l’emploi, le bien-être et l’égalité des chances, soulignant l’urgence d’initiatives sociales et de politiques publiques efficaces.
Dans le cadre du lancement de leur mission flash sur la précarité menstruelle, les Jeunes Démocrates ont organisé une conférence le 20 janvier 2024. Cet événement a réuni des acteurs engagés sur cette question, notamment Clarisse Le Court, Directrice du Laboratoire Claripharm, et Flore Grèze, Vice-Présidente chargée des Affaires de Santé à la FAGE. L'objectif était d'auditionner ces parties prenantes afin d'élaborer des propositions concrètes pour lutter contre la précarité menstruelle.
Selon le Fonds des Nations unies pour la population (FNUAP), la précarité menstruelle concerne les difficultés éprouvées par de nombreuses femmes pour se procurer des protections hygiéniques en raison de leurs faibles revenus. Ce phénomène va au-delà du simple coût des protections et inclut également les dépenses liées aux soins médicaux, aux médicaments et aux sous-vêtements de rechange. En outre, le manque d'information et le tabou persistant autour des menstruations aggravent cette situation. Les infrastructures inadéquates, notamment le manque de toilettes adaptées et d'eau potable, participent également à la problématique.
Les chiffres récents indiquent que près de quatre millions de Françaises sont en situation de précarité menstruelle en 2023, soit deux fois plus qu'en 2021 (Sondage OpinionWay pour Règles Élémentaires, mars 2023). Selon une estimation du journal Le Monde, une personne menstruée dépensait environ 3 420 € au cours de sa vie en protections hygiéniques, hors autres coûts associés (médicaments, sous-vêtements, linge de lit).
Les impacts de la précarité menstruelle sont multiples. Sur le plan sanitaire, l'utilisation prolongée des protections, dépassant la durée maximale recommandée pour un tampon (4 à 6 heures), peut provoquer des irritations, des infections et exposer au Syndrome du Choc Toxique, une infection grave qui peut être mortelle. Certaines personnes sont contraintes d'utiliser des solutions de fortune (papier toilette, tissu réutilisé), augmentant ainsi les risques pour leur santé.
Les conséquences psychologiques sont toutes aussi importantes. Les femmes concernées subissent une atteinte à leur dignité, une stigmatisation et un sentiment de honte. Cette situation conduit à des comportements d'évitement et peut affecter leur bien-être psychologique.
Sur le plan scolaire et professionnel, la précarité menstruelle entraîne un taux d'absentéisme accru. 17 % des femmes et 12 % des filles ont déjà manqué le travail ou les cours faute de protections hygiéniques. Enfin, ce problème contribue aux inégalités de genre, puisque les femmes doivent faire face à des dépenses supplémentaires et à des contraintes qui n'affectent pas les hommes.
Diverses mesures ont été mises en place pour réduire la précarité menstruelle. Depuis 2016, les protections hygiéniques sont considérées comme des produits de première nécessité et bénéficient d'une TVA réduite à 5,5%. En 2020, un budget d'un million d'euros a été alloué à des expérimentations pour lutter contre la précarité menstruelle, et en 2021, ce budget a été porté à cinq millions d'euros pour déployer des distributeurs gratuits dans les universités.
En 2024, Elisabeth Borne a annoncé le remboursement des protections réutilisables pour les femmes de moins de 25 ans. Cette mesure a été saluée, mais critiquée pour son manque d'inclusivité, notamment pour les femmes de plus de 26 ans.
La lutte contre la précarité menstruelle est un combat qui engage l’ensemble de la société : face à ce phénomène, des solutions peuvent être identifiés et mises en place par l’Etat, mais également par les collectivités locales ainsi que les entreprises. Tel est le sens des propositions suivantes.
Étendre la gratuité des protections menstruelles à toutes les femmes, sans conditions d’âge ou
de revenu, en s’inspirant du modèle écossais et rendre obligatoire l'installation de
distributeurs dans les administrations, écoles et entreprises.
Acter la prise en charge totale par la Sécurité sociale des protections menstruelles (y
compris jetables et non réutilisables).
Modifier la réglementation européenne (Medical Device Regulation) pour inclure ces produits dans
la catégorie des dispositifs médicaux, garantissant ainsi une meilleure transparence et des
normes de fabrication plus strictes.
Interdire les substances nocives (perturbateurs endocriniens, pesticides) dans les
protections périodiques.
Intégrer la santé menstruelle dans les cours d'éducation sexuelle dès l'école primaire et former les enseignants à ces questions.
Un congé menstruel pourrait être accordé aux femmes souffrant de douleurs invalidantes, sur présentation d'un certificat médical, comme c’est le cas en Espagne depuis l’évolution de la loi en 2023.
Il convient de renforcer la distribution des protections dans les centres d'hébergement, prisons et lieux publics.
La question de la santé menstruelle doit également faire l’objet d’une mobilisation de la
part du monde de l’entreprise, dans la mesure où elle concerne directement la qualité
de vie de millions de salariées. Plusieurs mesures permettraient de favoriser cette prise
de conscience.
Création d'un label "Entreprise menstruellement responsable" pour inciter les employeurs
à proposer des protections gratuites et à prendre en compte les besoins menstruels
de leurs salariées
Juin 2025
Louise Daniel
Florian Mazet
Elias Kari
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